Au départ, c'était un texto abscons, du genre : Vaillant en GP-H-34.
C'était au Salon des Vins de Loire à Angers. C'était un numéro de stand et un nom de producteur.
L'indic : le caviste de chez ABC Terroir à Nantes. Un fin limier, adepte des vins francs et naturistes. Nous voilà tous deux sur ce stand pour déguster.
Et quelle dégustation ! Une très belle gamme qui n'a pas fléchi du premier au dernier vin. Une patte identifiable, un "style de la maison", une approche honnête et réfléchie du travail. De quoi taper dans l’œil de Grappons-nous !

Grappons-nous dans la place

Nous ne pouvions en rester là et il fallait aller voir le vin sur pied. Par un lundi printanier, nous avons pris le chemin de l'Anjou.
L'Anjou, encore !
C'est déjà là que j'avais commis mon tout premier périple. J'y avais rencontré Paul Eric du domaine Pierre Chauvin, chez qui j'avais particulièrement apprécié les Coteaux-du-Layon.
J'aurais pu m'intéresser à une autre région, mais les sentiers du vignoble sont parfois sinueux, et le plus court chemin vers la joie des papilles n'est pas la ligne droite.
Rendez-vous était pris avec la famille Vaillant, au Domaine Les Grandes Vignes, à Thouarcé, à côté du Layon et de Bonnezeaux. Des noms qui sonnent bon.
Dans le silence apaisant du chai, Laurence nous accueillit et ressortit patiemment toute la gamme. Devant 300 barriques médusées, nous avons tout goûté assidûment : blancs, rouges, rosés, layons, bonnezeaux, et bulles pour finir.
Et la première impression se confirma, c'est du beau travail ! Des vins justes et précis, qui font parler leur terroir.
Le domaine de 55 hectares est conduit en Agriculture Biologique et en Biodynamie. D'une perception raisonnée de l'agriculture, la transition vers le bio et la biodynamie s'est faite progressivement. L'impact de ces méthodes sur le vin est difficilement quantifiable, mais le résultat est là !
L'exigence se retrouve dans un vin bien vivant, et le plaisir est dans le verre.
Nous ne sommes pas revenus à vide, et vous pouvez dès maintenant retrouver leurs vins sur Grappons-nous, en espérant que vous partagerez notre plaisir !
Mais connaissant mon caviste, nous ne pouvions en rester là. L'insatiable dégustateur m'emmena sur les pentes gouleyantes du vin nature.

Chenins détournés

Après avoir piteusement acheté de quoi déjeuner au supermarché local (nous salivions sur le Relais de Bonnezeaux, mais c'était sans compter sur la fermeture du lundi), la prochaine étape fut le Domaine des Sablonettes, chez Joël et Christine Menard.
Christine nous invita au caveau des merveilles, savamment décoré de bric et de broc. Le Petit Diable, le Quart d'Heure Ange Vin, les Copains d'Abord, les Copines d'Abord... Les noms et les verres dansent pour une belle découverte de vins hors du commun.
Ici on fait bouger les lignes de l'appellation. On fait mûrir effrontément son cabernet franc pour en faire un rouge doux, on perd sans peur son AOC quand la nature n'a pas voulu se plier aux règles de l'INAO, on essaye le soufre naturel de volcan pour stabiliser le vin si nécessaire...
Ces pionniers du bio tracent leur route depuis plus de 20 ans déjà, et font certainement partie de ceux qui poussent les pratiques vers plus de justesse et de naturel.
Les vins sont en quantité limitée, mais j'espère que vous pourrez un jour profiter du Petit Diable sur grappons-nous !
La journée était déjà au delà de nos espérances. Mais une visite de taille nous attendait encore avant de reprendre la route. Le genre de visite qui ne se refuse pas.

Un concentré de terroir

Quelque part au cœur du Layon, grandissent les vins de Richard Leroy. Sur deux parcelles totalisant 3 hectares, Les Rouliers et les Noëls de Montbenault, le Chenin s'enracine et s’épanouit. Deux parcelles, deux rangées de fûts au chai, deux vins. Ça parait simple. Ça l'est. Et c'est le résultat d'une exigence inflexible.
Beaucoup de travail à la vigne, beaucoup de précision, et très peu d'intervention en vinification. Peu d'intervention mais beaucoup d'attention, voilà que cette "simplicité" nous livre dans le verre une complexité incroyable. Le Chenin dégage ici toute sa puissance, et il faut bien un maître pour harmoniser en finesse ce concentré de terroir et extraire le meilleur de la terre.
On goûte au fût le millésime en cours d'élevage, on l'écoute vivre. On goûte les millésimes précédents, on compare. Au coin d'un évier, on goûte une bouteille restée ouverte depuis quelques jours, pour voir le comportement au contact de l'air. On apprend beaucoup, on cherche à comprendre, et on croit devenir aussi précis et tranchant que le vigneron.
On se laisserait facilement emporter par la passion communicative de Richard, mais au bout d'un moment il fallait bien rentrer. A chaque jour suffit son plaisir.
La finale persistante de Montbenault nous accompagna jusqu'à Nantes, pour clore en beauté cette virée sur les chemins détournés.